vendredi 16 décembre 2016

CRANACH L'ANCIEN, "L'AGE D'OR"



 L'AGE D'OR DU MANIERISME

COCTEAU ET MOI

- EXTRAITS DE PASSAGES DES ENFANTS TERRIBLES
de Cocteau et commentaires personnels
- POEME "PREND GARDE A TOI"
Noëlle Arnoult :

Il est des passages très attachants et probants, d'une poésie surréaliste parfois, dans "Les Enfants terribles" de Jean Cocteau :
* "Les êtres singuliers et leurs actes asociaux sont le charme d'un monde pluriel qui les expulse. On s'angoisse de la vitesse acquise par le cyclone où respirent ces âmes tragiques et légères. Cela débute par des enfantillages ; on n'y voit d'abord que des jeux".
* Il est dit de Paul, couché dans son lit :
"Il faisait plus que se coucher, il s'embaumait ; il s'entourait de bandelettes, de nourriture, de bibelots sacrés ; il partait chez les ombres".
* Poésie de l'instant, du répétitif :
A ce sujet, usage surprenant du temps au présent de l'indicatif surgissant dans le récit.
"La pièce recommençait toujours. Peut-être ces âmes incultes obéissant à quelque ordre, exécutent une manoeuvre aussi troublante que celle qui, la nuit, ferme les pétales des fleurs".
Ecrire à la façon de Cocteau introduit la Poésie et l'Ouverture de notre être dans le quotidien, à l'instar d'une drogue coutumière et innée coulant dans nos veines. Une drogue sans drogue... Heureux sommes-nous, nous les Poètes ! Quelle chance de s'habiter ainsi soi-même, et de vivre portes et fenêtres ouvertes ! Ainsi, je n'ai jamais ressenti la nécessité d'user de drogues, en ayant déjà plein mes vaisseaux ! Cette drogue, comme toutes, pousse à l'excès plutôt qu'à la tranquillité, à l'éveil plutôt qu'au sommeil. Demeure cependant proie du Songe.
Cocteau évoque une fleur ; oui, cette Fleur demeure en nous, s'ouvre ou se ferme, à chaque jour et à chaque instant, palpitante, rutilante, ruisselante de rosée et de clarté, puis s'obscurcit, sinon se fane, médite, se renferme et soliloque en la nuit, tout en songeant à sa régénération...
* Inspiration sur la lecture de Cocteau :
"PREND GARDE A TOI"
Ce jeu ininterrompu de bagar(res), de chants,
Fait que vie si courte de bohème m'enflamme,
Que mon âme tressaille en drogue de ses veines...
En subtil(e), fausse habilité de mécréant,
Prend garde à toi, Manant saisi par Noble Dame,
Tu ne connais point cet air d'opéra, sa scène !
Prend garde à toi, fier Roméo de pacotille,
Ainsi s'écoule l'existence en ses torrents :
Tu crois diriger un bateau de main de maître,
Or nos tempêtes et nos vagues sont en Bastille !
On y mutila, coupa des têtes au Printemps,
Ciboires données aux bêtes menées à paître...
L'Hégémonie du Poète est indestructible,
Tant ses eaux, en bouillonnants flots, vont s'épanchant,
Portant passions de nos vies aux nuées et aux nues !
Nos artères charrient ce sang pur, invisible,
Enflé de désirs, d'abscons dimanches enivrants,
La pitance des dieux, en Offertoire ému...
Noëlle ARNOULT.
16 décembre 2016
Bus Châtillon-Dijon, vers 18 h.