mardi 28 décembre 2021

J'AI VU LE DIABLE

J’AI VU LE DIABLE


J’ai vu le diable, par la fenêtre, si avide,

Me regardant fixement, se trompant de proie,

Je lui ai dit : « Va t’en ! Je ne suis pas à toi ! »

Ricanant de son rire satanique et vide…


Il roulait entre ses doigts de fins osselets,

Oh, je savais bien où il les avait pris,

Mais je ne voulais rien dire à ce malapris,

A ce voleur, à ce tueur, jeter des soufflets !


De funestes visions défilaient près de lui,

Il était de Sodome et Gomorrhe, il riait,

Il vibrait de partout, d’un souffre noir et niais,

Ses concupiscentes narines emplies de suie…


Sans cesse, son regard me tentait d’osselets,

Tandis que les hauts-de-coeur assaillaient ma gorge,

Je savais tout, voyant son prisme qui égorge,

Tétanisée, emplie de pleurs… Nos oiselets !


Il me chantait : « Remember ! » en claquant des dents,

Bruit sinistre, « Remember, Abraham, son fils ! »

« Oui, disais-je, agacée, Isaac, la génisse !

Génisse car livrée en victime sans rang… »


« Mais tu te trompes, rétorquai-je, « Celui qui rit ! »

Etait le fétiche, trésor de ses parents !

Jamais Dieu ne l’aurait sacrifié, jeune faon,

Espoir de sa famille, d’un clan sans ennui ! »


Le démon ricanait tant et plus, comme en transe :

« Ce que le Dieu d’Abraham refusa, je prends !

Compte mes grises pierreries, datées de sang,

Tu verras que je n’ai pas oublié ma vengeance ... »


Et le persifleur me projetait au visage

Des sourires d’enfants bouleversés en pleurs,

Balayant la Clepsydre en ses nombreuses heures,

Haïssant les prières issues du fond des âges...


Je compris qu’il vivait son morne temps de gloire,

Autour de moi s’arrachaient d’atroces scories,

Un pandémonium glapissait sa vilenie,

Alors, comment échapper à ce cauchemar… ?


Noëlle Arnoult

Tous droits réservés,

Dijon,

Commencé 18 Décembre 2021,

Achevé dans la souffrance, 29 Décembre 21 au matin.